SAMEDI (dissabte) 13 JUIN 2009


Le Barber Shop Quartet
et la Comédie musicale l’envers du décor

Comme un éclat de rire

Le rire et la voix utilisent les mêmes organes, alors pourquoi s’en priver lorsque l’un et l’autre sont hautement recommandés pour la santé ? C’était le propos de la soirée du samedi 13 juin, qui se souvenait du propos de Pierre Desproges selon lequel on peut rire de tout, tout dépend comment et avec qui.

Composée de deux spectacles, qui se complètent, cette joyeuse soirée au théâtre commençait à 18 h par « L’envers du décor » une comédie musicale su la vie d’artiste interprétée par Florence Andrieu et Flannan Obé, avec des musiques d’Offenbach, Messager, Simons, Lehar, Yvain, Schubert et Kerker. Ils sont accompagnés sur scène et au piano par Yves Meierhans et mis en scène par Serge Gaborieau. Il s’agit d’un regard à la fois tendre et respectueux, porté avec recul sur la difficile condition d’artiste, vu des deux côtés du rideau.

Un couple de chanteurs, qui ne l’est plus à la ville, se retrouve le temps d’un gala dans une obscure salle municipale quelque part en France. Ayant quitté la scène pour se marier et devenir père de famille, le ténor remplace un confrère défaillant au pied levé, tandis que la soprano, petite « divette » de sous préfecture, continue le même récital un peu usé, sans avoir réussi à percer. Sur fonds d’amours déçus, de regrets, d’amertume, les automatismes de scène reviennent doucement, mais il y a des trous, le trac omniprésent et quelques imprévus, qui donnent un peu d’âme à un spectacle pour le moins fatigué.


Un regard tendre et réaliste sur la vie d’artiste

Côté coulisses, on assiste à une approche assez juste de la vie d’artiste où le vécu de chacun intervient dans le spectacle, malgré les artifices de la scène. Ils ne nous épargnent pas leur regard plutôt cruel et un brin méprisant sur le public endimanché de la salle des fêtes, dont Monsieur le maire et Madame siègent au premier rang et le correspondant local de presse, avec son flash au milieu de l’allée, qui recopie ensuite le programme…

La performance d’acteurs est remarquable et la partie vocale, bien interprétée, n’a rien de facile. Du music-hall à l’opéra-comique en passant par l’opérette, le registre est large et comme au récital, il faut habiter des personnages différents en quelques minutes à peine. Florence Andrieu et Flannan Obé réussissent le tour de force de trouver un lien entre les Palétuviers, Mexico, « Ta bouche », de Maurice Yvain décidément très à la mode et quelques airs d’Offenbach ou de Carmen. Un grand écart stylistique, qu’ils mènent tambour battant, avec juste ce qu’il faut de détachement humoristique. C’est à la fois frais et touchant.

L’Envers du décor, une performance scénique et vocale pleine de réalisme et de tendresse, par Florence Andrieu et Flannan Obé
(© Photo Belmonte).



L’humour musical des barbiers


La soirée se poursuivait à 21 h avec le Barber Shop Quartet, un groupe vocal jubilatoire totalement déjanté.
Ils sont quatre joyeux Bordelais : Bruno Buitjenhuijs, Marie-Cécile Héraud, Isabelle Drault et Bertrand Antigny, à s’être intéressés au répertoire, peu connu en France, des garçons-coiffeurs américains du début du XXe siècle. Cela a donné lieu à un genre musical, que l’on retrouvera plus tard dans la comédie musicale de Broadway.

D’une mise volontairement désuète en costumes des années 40-50, ils commencent sur le ton d’un concert conférence parodique sur ce genre particulier qui ferait penser au théâtre juif américain. Mais la conférence tourne court et ils disjonctent rapidement, dès qu’un présentateur de radio, inaudible mais hilarant, entre dans la danse.


Les quatre trublions du Barber Shop Quartet ont provoqué une explosion de rires
(© Photo Belmonte).


Belle présence scénique


Dans un style burlesque à 2 ou 3 degrés, ils passent en revue tous les styles musicaux du siècle, selon une qualité vocale irréprochable, du quatuor vocal classique au rap, en passant par le jazz où ils font un big band à eux quatre, sans oublier la chanson réaliste ou le rock. Ils nous gratifient au passage de deux tubes désopilants de Francis Blanche « La Pince à linge » sur la 5e symphonie de Beethoven et « Le parti de ceux qui n’ont pas de parti » sur le Boléro de Ravel. Ils ressuscitent un succès de Ray Ventura et ses collégiens, de la fin des années 30 « Le Lambeth walk », avant de nous faire hurler de rire sur le rap de la ménagère soumise. Ils donnent en outre, une interprétation désopilante et très personnelle de la Nativité, avant de chanter les vertus du métro « où l’on trouve toutes sortes de musiciens ». Ils concluent cette scène formidable de drôlerie et criante de vérité, en conseillant aux frappeurs de djembé d’apprendre à en jouer…
Jamais méchant, leur humour débridé tombe juste. Ils dérideraient un conseil d’administration de banquiers déprimés.
À la sortie, le public se regarde différemment, heureux d’avoir tant ri et plus léger. Il y a comme quelque chose de changé dans l’atmosphère et la nuit auscitaine paraît très belle.

Belmonte

 




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