
DIMANCHE (dimenge) 14 JUIN 2009
A sei voci
A Sei Voici se déboutonne
Pour la première venue d’Éclats de Voix à Lagraulet, qui aura connu un joli succès, le festival avait choisi de programmer l’ensemble A Sei Voici dans un nouveau programme métissé, la « Fricassée parisienne ». La rencontre était attendue entre le festival et ce joli village d’Armagnac, qui développe un festival musical au mois de juillet depuis plusieurs années.
Le célèbre ensemble vocal spécialisé dans les polyphonies des XVIe et XVIIe siècles, s’est lancé à lui-même un pari audacieux. Le chœur masculin accueille la soprano Béatrice Mayo-Felip, mais aussi l’accordéon de Didier Ithurssary et la contrebasse de Philippe Le Cerf, pour assortir un subtil « meslange » de chansons du XVIe et du XXe siècle, dédiées à Paris. .
Votre chroniqueur préféré ayant été retenu ailleurs, il a recueilli à l’issue du concert, les impressions d’un auditeur, que nous nommerons Alexandre.
Alexandre, qui connaît la capitale, a apprécié cet enchaînement inédit, augmenté d’extraits de texte, déclamés selon la prosodie pas tout à fait complète du vieux français où les voyelles sont ouvertes et les consonnes claquantes, avec les finales sonores. C’est donc en amateur éclairé qu’Alexandre a goûté ce chant d’amour pour Paris, se promenant de lieux en lieux à travers les âges. Il a été sensible aux lignes de fractures brouillées entre les chansons anciennes de Roland de Lassus, Clément Jannequin, Ninot le Petit, Pierre Passereau et les chansons de notre époque.
Les chantres d’A Sei Voci ont régalé le public de Lagraulet d’une balade amoureuse dans Paris à travers les siècles
(Photo © Belmonte).
Une même verve poétique pour Paris
La fracture n’était pas si grande car A Sei Voici avait commandé à Philippe Sevrain un travail d’arrangement et de composition pour adapter les chansons de Piaf, Montant, Trénet, Apollinaire, Prévert, Gainsbourg, Bécaud, Ferré, Brassens, Dutronc, pour ensemble vocal à 5 voix, accordéon et contrebasse. Sensible à la fusion polyphonique des voix, Alexandre s’est amusé de ce cross over sur quatre siècles, qui associe des tubes de chaque époque entre un « Poinçonneur des Lilas » très enlevé et mélodique et le célèbre « Martin menoît son pourceau » de Jannequin ou le redoutable « Il est bel et bon » de Passereau. En puriste, Alexandre a regretté qu’il n’y ait pas plus de chant Renaissance a cappella, qui est un peu la marque de fabrique de l’ensemble A Sei Voci. Il n’est pas tout à fait convaincu de l’intrusion anachronique de l’accordéon dans la musique de la Renaissance, mais reconnaît un important travail de transcription et surtout de réécriture.
Notre témoin a noté qu’heureux à la sortie, le public a particulièrement apprécié cet amalgame, alors qu’un récital purement Renaissance lui aurait peut-être semblé un peu aride.
Dans le plein esprit de Lagraulet, impulsé par son maire Nicolas Méliet, la fricassée musicale parisienne était suivie d’une plus prosaïque et très agréable fricassée gasconne. Si en France tout se finit par des chansons, en Gascogne, on chante d’abord et l’on continue à table !
Belmonte
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