VENDREDI (divès) 11 JUIN 2010 au Mouzon


De la magie slave

Cette 13e édition festivalière d’Éclats de Voix s’est ouverte sur une belle soirée lyrique et symphonique russe, histoire de donner du plaisir aux auditeurs, mais aussi de rappeler l’année de la Russie en France.

Il est vrai qu’un concert symphonique à Auch fait figure d’événement car la capitale gasconne n’en n’accueille pas tous les ans. La phalange invitée y était pour quelque chose, s’agissant de l’Orchestre Philharmonique de Chambre de Saint-Petersbourg, placé sous la direction de son chef fondateur Juri Gilbo.

Il est d’ailleurs plutôt étoffé pour un orchestre de chambre, plus proche de la philharmonie avec une cinquantaine de musiciens que de la formation chambriste dite « Mozart ». Le divin Wolfgang n’a jamais disposé, ni même composé pour un pupitre de cuivres semblable, dont la plupart des instruments n’étaient pas encore inventés à son époque. Les trombones rutilants sont loin de leur ancêtre baroque la sacqueboute, que Mozart n’utilisa que très peu, hormis le « Tuba Mirum » du Requiem.

Introduction en russe

D’ailleurs, pour marquer l’événement, Patrick de Chirée s’est fendu d’un mot d’accueil en russe, qui a touché et fait sourire les musiciens, quant à la prononciation de leur langue peu familière à nos accents. Rappelons que si le Français était couramment parlé à la cour du Tsar et dans les bonnes familles jusqu’à la révolution de 1917, il n’en a jamais été de même du Russe en France, malgré les ballets de Serge Diaghilev et l’immigration des Russes blancs dans les années 20 du siècle dernier.

Il n’en demeure pas moins que par son caractère fortement sentimental et hautement romantique, par son dramatisme, la musique russe connaît une vogue certaine en France depuis la fin du XIXe siècle. On y aime son côté contrasté et fortement coloré avec de nombreuses influences populaires. De Tchaïkovski et ses amis du Groupe des cinq, jusqu’à Prokofiev ou Schnittke, cette musique a toujours porté une forte dose d’émotion et de sentimentalisme, à la manière des personnages du théâtre de Tchekhov. On y trouve un côté exalté et spectaculaire, comme une profondeur intérieure, qui va parfois jusqu’au mysticisme. C’est ainsi que l’on écoute les symphonies de Tchaïkovski, qui vont bien au-delà de la musique descriptive, comme les accents plus inquiétants de la « Nuit sur le Mont Chauve ».

La musique russe n’est pas inconnue aux fidèles d’Éclats de Voix. On se souvient avec émotion du récital du regretté Sergeï¨Larine en 2001, qui nous avait transporté dans les « Chants et danses de la mort » de Modeste Moussorgski.

Une salle entière sous le charme

Peu nous importe leurs références superlatives ou que l’orchestre de la soirée et les solistes invités, la mezzo Veronica Amarres et le ténor Alex Wawiloff, aient joué ou chanté « avec les plus grands, dans les plus prestigieuses salles de concert du monde » selon les formules consacrées des programmes de concert ou de notices de disques. Nous retiendrons avant tout cette soirée du 11 juin 2010 et la formidable impression qu’ils ont su transmettre au public auscitain. Or ce dernier n’a pas ménagé son enthousiasme, tant pour les pièces et airs qu’il découvrait que pour les « tubes » qu’il reconnaissait.

Dès les premières notes de l’ouverture de l’opéra de Glinka « Rousslan et Ludmilla » l’orchestre entrait dans le vif du sujet de façon vigoureuse et entraînante. Les cordes acérées mènent la danse, relayées par un pupitre de bois, d’une suave douceur, qui nous enchantera tout au long de la soirée et des cuivres éclatants.

Dans ce programme réservant une grande part de découverte, tant pour les compositeurs que pour les œuvres, Piotr Illich Tchaïkovski domine la première partie avec des airs d’opéra connus et de moindre renommée. La tension domine, ainsi que les élans sentimentaux dans le drame « La Dame de pique », mais Alex Wawiloff nous offre une belle méditation sentimentale d’«Eugène Onéguine ». Parallèlement, Veronica Amarres nous émeut profondément dans un air de la méconnue « Pucelle d’Orléans », dans un registre héroïque et en Français. Seule dans sa cellule, se sachant condamnée au bûcher, Jeanne fait ses adieux au monde : « Mon cœur se brise »…

Un orchestre de première classe

Accompagnant les solistes avec délicatesse, l’orchestre sait également sonner et vibrer dans des extraits symphoniques d’un ballet de Glazounov comme dans la célèbre valse du « Lac des cygnes ».

Nous avouons sans honte notre méconnaissance des compositeurs de la 2e partie comme Dunayesvsky ou Dargomyszhsky, mais les accents cinématographiques du premier nous évoquent le grand Chostakovitch dans le même exercice et la valse en français « Ô parle encore » du second est du plus charmant effet.

L’orchestre ne pouvait résister au plaisir d’interpréter des « tubes » absolus de ce répertoire que sont la « Danse du sabre » de Khatchatourian, ainsi que les spectaculaires « Danses polovtsiennes » du « Prince Igor » de Borodine, pour le plus grand bonheur du public, qui n’aime rien tant que reconnaître certains airs.

On aura apprécié au passage la superbe chanson indoue extraite du poème symphonique « Sadko » de Rimski-Korsakov par Alex Wawiloff, sur un suave tapis de cordes en pizzicati.

Le concert s’est achevé avec le poignant duo de la scène du jardin dans le très national « Boris Godounov » de Moussorgski. Mais devant l’enthousiasme du public, Veronica Amarres et Alex Wawiloff lui ont offert un très rassembleur « Bateliers de la Volga » et l’orchestre a enchaîné sur la fameuse danse russe du « Casse Noisette » de Tchaïkovski. Enfin Veronica Amarres a gratifié public et musicien d’une douce berceuse sobrement intitulée « Chanson russe ».

Le triomphe que le public a fait aux solistes et aux musiciens était totalement justifié et partagé.

Belmonte




Photo © Alain Huc de Vaubert.


Photo © Alain Huc de Vaubert


Photo © Alain Huc de Vaubert


Photo © Alain Huc de Vaubert


Photo © Alain Huc de Vaubert

 






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